Après avoir connu la crise et la période difficile qui l’a suivie, Jeep se porte mieux. L’année 2010 a vu ses ventes dans le monde croitre de 24 % et se positionnaient à +41 % à la fin du mois d’avril 2011. Un joli cadeau pour les 70 ans de la marque, qui correspond aussi à une refonte de la gamme. Après la nouvelle motorisation diesel du Compass (lire : Jeep Compass, en attendant la nouvelle ) et son facelift en début d’été, le nouveau Wrangler en début d’année, voici à présent le temps du renouvellement du navire amiral, le Grand Cherokee.
Les quinze dernières années ont vu fleurir les SUV de luxe sur les routes du monde entier et l’Europe n’a pas été épargnée. Mercedes ML (lire notre avant-première du modèle 2011), VW Touareg, Porsche Cayenne, BMW X5 et on en passe ont pris une large place dans nos rues. De quoi faire oublier un peu vite que Jeep fut, dès 1963, probablement le vrai pionnier du genre avec son Wagoneer, décliné par la suite pendant plus de 15 ans jusqu’à des dénominations familières, telle la finition Limited. C’est donc la quatrième génération de ce vétéran que Jeep signe aujourd’hui.

C'est l'image rustique et robuste que vous vous faites d'un pionnier ? Ça tombe bien ! Le Jeep Wagoneer préfigurait les SUV de luxe actuels.
C’est durant l’ex-fusion entre les groupes Daimler et Chrysler (1998-2007) que ce Grand Cherokee a été conçu. Autrement dit, ce SUV américain a des gènes allemands. A tel point qu’il partage en fait sa plateforme et de nombreux organes mécaniques avec le nouveau Mercedes ML 2011, à sortir cet automne.
Vu de l’extérieur, le Grand Cherokke a l’air plus imposant qu’il ne l’est réellement. Avec 4,82 mètres de longueur, son empreinte au sol ne dépasse pas celle d’un break familial. C’est en fait sa garde au sol (entre 20 et 25 cm) et sa hauteur (près de 1,80 m) qui inspirent le respect. Des cotes généreuses qui se retrouvent naturellement à l’intérieur, où le volume disponible permet aux passagers de se sentir à l’aise. A l’arrière, l’espace aux jambes est remarquable sans que soit pour autant sacrifié le volume de chargement.
Et c’est vrai qu’on s’installe bien à bord. Les confortables sièges se règlent assez facilement (bien qu’ils mériteraient de mieux maintenir latéralement à l’avant) pour trouver rapidement une position de conduite adéquate à dompter la bête. Car une fois au volant, l’impression de grandeur est encore plus marquée. Même pour un habitué de ce type de machine, l’imposant capot avant et la grosse jante du volant demandent quelques minutes d’adaptation. Cette section virile de la jante du volant trouve d’ailleurs son explication en consultant la liste pléthorique de l’équipement du bord : elle est chauffante. Un atout indiscutable pour le confort de conduite en hiver.
Si l’on s’arrête quelques instant sur la planche de bord, on remarque d’ailleurs quelques similitudes dans son dessin avec celle du Mercedes ML, notamment sur la position des aérateurs. Toutefois, chaque véhicule a su conserver son style intérieur propre. La finition du Grand Cherokee ne souffre pas la critique, bien plus aboutie qu’elle est que celle du Compass, plus rustique malgré sa relative jeunesse. On est bien ici dans l’univers du luxe, à tout le moins d’un vrai premium.
Seul petit point un peu critiquable : l’ergonomie des commandes au volant n’a rien d’intuitive. Si l’usage des boutons situés en façade est assez clairement défini, c’est celui de ceux situés à l’arrière du volant qui pose problème. Il faut beaucoup de temps pour ne pas s’emmêler les pinceaux en les manipulant. Ce petit point irritant n’est d’ailleurs pas propre au Cherokee, puisqu’on le retrouve sur le Compass, mais aussi sur la plupart des véhicules du groupe en provenance d’outre-Atlantique, nous le verrons bientôt avec notre essai du Fiat Freemont.
Après avoir fait le tour du reste de l’équipement de confort de la finition Overland confiée pour notre essai (sonorisation puissante avec disque dur et connexion USB, sièges chauffants et ventilés, toit panoramique ouvrant, caméra de recul, hayon électrique, régulateur de vitesse adaptatif, navigation GPS 2D/3D, etc), il est donc temps de mettre le contact. Les routes exigeantes qui sillonnent les paysages écossais de notre essai nous permettent rapidement de voir que malgré une masse conséquente (2,35 tonnes à vide) le Grand Cherokee est à l’aise partout. Il enchaîne les virages avec une facilité déconcertante, vire à plat et offre des reprises aussi sécurisantes que son freinage est plutôt efficace. Le Cherokee n’est certes pas une voiture de sport, mais il est plaisant à conduire.
Des qualités qui se confirment hors piste avec un équipement tout terrain de premier choix. Sur notre finition haut de gamme, la suspension pneumatique qui, sur la route, fait varier automatiquement la hauteur de caisse en fonction de la vitesse, permet ici de régler celle-ci manuellement tandis que la commande Selec-Terrain adapte la transmission à la nature du terrain rencontré. Si les puristes reprocheront à l’électronique de faire un peu « 4X4 pour les nuls« , ça n’en est pas moins redoutablement efficace. Le Grand Cherokee est un vrai tout-terrain et n’est pas indigne de l’héritage Jeep.
Sous le capot, trois motorisations sont disponibles. Un V6 diesel de 3,0 Litres qui développe 190 ou 241 chevaux (selon la finition choisie), un V6 essence 3,7 L. de 286 chevaux et un V8 5,7 L. de 352 chevaux. De ce point de vue là, on est clairement en Amérique ! Le Mercedes ML, lui, proposera un humble 4 cylindres diesel en entrée de gamme dont la consommation est plus adaptée aux contraintes réglementaires européennes, notamment sur les véhicules de société.
Pour autant, avec une consommation normalisée d’à peine plus de 10 litres aux cents kilomètres, le V6 diesel n’est pas déméritant. Il l’est d’autant moins que sa boîte auto à 5 rapports ne favorise pas la consommation. Cependant, Jeep promet de rapidement implémenter de nouvelles transmission ZF à 8 et même 9 rapports qui devraient faire baisser ces chiffres. Et à dire vrai, le tarif attractif du Cherokee est un atout qui compense largement l’éventuelle différence de consommation qu’il peut afficher par rapport à d’autres véhicules du même type. Car avec une étiquette de 45.500 € en entrée de gamme sur un segment premium (notre modèle d’essai étant facturé 60.450 €), Jeep positionne cette auto en grande compétitrice de tous les 4X4 germaniques et offre, en plus, une riche histoire à raconter. Largement de quoi justifier sa présence sur une short-list lors du choix.

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